L’indispensable solidarité qui s’organise à l’échelle européenne pour accueillir les 800 000 réfugiés ukrainiens qui fuient la guerre aura donc prouvé qu’il est possible de lever les barrières, jusque-là infranchissables, de la forteresse Europe pour des milliers de réfugiés venus d’Afrique ou d’Asie.
Pourtant, la solidarité, comme l’indignation, ne saurait être sélective ! L’élan soudain d’humanisme des dirigeants politiques européens, de la Pologne à la France, ne fera pas oublier les années de violation des droits humains et l’écrasante responsabilité de l’UE dans le sort indigne réservé à des milliers de réfugiés venus du Sud et d’Orient. Les mêmes qui criaient à l’invasion face à des hordes fantasmées de « migrants » d’origines et de religions différentes, qui appelaient à la fermeture des frontières, qui ont froidement orchestré la traque et l’arrestation de milliers de réfugiés dans des camps de rétention et laissé périr des centaines d’autres en Méditerranée dans l’indifférence générale, cherchent aujourd’hui à enfiler la cape de l’internationalisme en ouvrant grand les portes de l’Europe. Une tentative vaine de se refaire une virginité politique qui, à quelques semaines des échéances électorales, donne la nausée. En Syrie, au Yémen, en Palestine, au Mali, en Somalie, au Sahara occidental, au Kurdistan, au Tchad (…), théâtres de guerre, les populations civiles meurent sous les bombes dans le silence assourdissant des médias occidentaux. Il est temps de faire tomber les murs pour accueillir avec dignité l’ensemble des réfugiés qui de par le monde, fuient les guerres civiles, les crises humanitaires et le changement climatique.
Face aux va-t-en-guerre, aux bellicistes et aux tenants de l’ordre capitaliste mondial, à l’Est comme à l’Ouest, qui tentent de justifier l’escalade guerrière, il est urgent de leur opposer la voix du non-alignement ! Jean Jaurès disait que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». De par sa situation stratégique et l’étendue de ses ressources naturelles, l’Ukraine est avant tout une proie formidable pour les impérialismes de tout bord. L’agression militaire russe, qui représente une violation injustifiable du droit international et de la souveraineté du peuple ukrainien, faisant peser sur l’Humanité entière la menace d’une guerre nucléaire, aura permis au chevalier blanc américain de refaire surface, six mois seulement après la déroute occidentale en Afghanistan.
Comme invite à le faire Edgar Morin, « il faut penser avant de s’indigner ». La seule alternative aux ravages qu’infligera une nouvelle guerre est une politique d’unité de classe contre les impérialismes russes et américains. Au peuple russe et à lui seul le soin de lutter contre le pouvoir autoritaire du Kremlin. A nous de lutter contre l’OTAN et l’impérialisme américain, principales forces contre-révolutionnaires de la planète.
Photo : Réfugiés sur la côte à Mytilini à Lesbos, Grèce, 2015 © Paolo Pellegrin/Magnum Photos
