Par Guillaume Chaussemy, Vice-président du comité de défense de la gare d’Argenton-sur-Creuse, Maire rural et co-président du réseau des élus insoumis et citoyen.
La gare d’Argenton-sur-Creuse, genèse et évolution d’un combat
Que de chemin parcouru depuis ce jour de 2017 où Martine Irzenski m’a contacté pour l’aider à mobiliser contre la suppression de plusieurs arrêts en gare d’Argenton. Sans aucune concertation avec les usagers et les élus locaux, la SNCF avait supprimé plusieurs dessertes du jour au lendemain. De la première distribution au marché d’Argenton pour faire signer une pétition aux emblématiques actions STOP-TRAINS qui mobilisent plusieurs centaines d’habitants de notre territoire à chaque rendez-vous et jusqu’aux médias nationaux, ce combat pour l’avenir de notre gare concerne désormais tout le bassin de vie du sud de l’Indre.
Une gare menacée
Le comité de défense de la gare d’Argenton-sur-Creuse se mobilise pour la mise en place d’une desserte cohérente et équilibrée, avec au minimum 4 allers-retours dans la journée, permettant d’aller d’Argenton-sur-Creuse à Paris et inversement. Forte de plus de 850 membres dont de nombreux élus de tous bords et près d’une cinquantaine de collectivités locales, l’association est le plus important comité d’usagers de la SNCF. La ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse), ligne structurante, dite TET (trains d’équilibre du territoire), est fortement menacée de suppression de dessertes dans les gares intermédiaires au profit de la promotion des liaisons entre grandes villes, en particulier celle entre Paris et Limoges. Les grilles horaires sont orientées en ce sens, au fur et à mesure que la fin des travaux effectués sur la ligne approche, qui permettront des trajets plus rapides d’ici 2026. La gare d’Argenton est pourtant la seule de la ligne à avoir gagné en nombre de voyageurs, malgré les périodes de confinement et les suppressions de trains dues aux travaux, notamment lors des week-ends prolongés. Tous les arguments des décideurs sont bons pour faire croire à l’impossibilité d’une quelconque amélioration de notre desserte : travaux, entretien de la ligne, sillons, manque de voyageurs, proximité de Châteauroux, « chance » d’avoir une autoroute gratuite. Le comité ne s’est jamais résigné et a toujours proposé des solutions avant les actions.

Après cinq ans de lutte, une première victoire pour les habitants du territoire !
Il a donc fallu se battre et il faut toujours le faire. Une équipe de militants passionnés unis autour de leur présidente suivent au quotidien l’évolution des grilles-horaires pour prévenir les habitants des nombreux dysfonctionnements de la ligne et organisent les actions.
28 actions STOP-TRAINS ont été menées depuis la création du comité. Il aura fallu cinq ans de combat permanent pour obtenir un quatrième aller-retour quotidien entre Argenton et Paris, prévu à partir de juillet prochain. Une première victoire que nous fêterons le samedi 8 juillet 2023 lors de la Grande fête de la Gare. La vigilance reste néanmoins de mise, et nous continuerons de nous mobiliser aux côtés des acteurs de le ligne POLT pour obtenir les financements et les améliorations dont cette ligne a plus que jamais besoin.
« C’est pour les 70 000 habitants de notre bassin de vie que nous continuerons de nous battre. Car derrière la bataille du rail, c’est l’avenir de tout un territoire qui se joue »
C’est pour les 70 000 habitants de notre bassin de vie que nous continuerons de nous battre. Car derrière la bataille du rail, c’est l’avenir de tout un territoire qui se joue : attractivité de notre région, développement économique et touristique, mobilité durable pour permettre aux habitants de nos villages de se rendre à des rendez-vous médicaux et à nos jeunes étudiants d’aller à l’Université réussir leurs études, besoin d’émancipation des ruraux que nous sommes… Bref, cette forte mobilisation est un grand rendez-vous social et écologique. Mais ce combat n’est qu’une partie de l’iceberg libéral qui menace continuellement la ruralité et ses services publics. Il appartient à chacun d’entre nous de prendre sa part dans cette lutte.
Des enjeux pour notre territoire et au-delà
Dans le secteur des transports publics, l’ouverture à la concurrence et la privatisation, priorités d’Emmanuel Macron et de son gouvernement En Marche, sont symptomatiques d’une vision de l’Europe libérale qui brade le patrimoine national, s’attaque aux emplois et aux conditions de travail des salariés, en poursuivant la dégradation du niveau de service rendu aux usagers.
« Le transport est appréhendé sous l’angle de la rentabilité à court terme, au mépris du service public. Aucune politique répondant aux enjeux climatiques liés aux mobilités n’est planifiée. »
Le transport est appréhendé sous l’angle de la rentabilité à court terme, au mépris du service public. Aucune politique répondant aux enjeux climatiques liés aux mobilités n’est planifiée. Les lignes du quotidien (Transport Express Régional) souffrent d’un manque d’investissement chronique. Les trajets se rallongent et des lignes disparaissent. Quant aux mobilités actives (vélo et assimilés), elles attendent toujours un plan de développement à la hauteur de leur potentiel.
Le ferroviaire, transport d’avenir et avenir du transport
L’infrastructure ferroviaire n’est utile qu’associée à une offre cadencée et robuste, suffisamment fréquente pour être attractive. Le TGV ne peut être le seul mode de déplacement de longue distance. Il faut introduire des trains classiques Intercités et des trains de nuit sur les liaisons longues distances. Il faut interdire toute fermeture de ligne et rouvrir des milliers de kilomètres de liaisons dans la décennie à venir. A terme, toutes les préfectures et sous-préfectures de France doivent être desservies par le ferroviaire, dont Le Blanc et La Châtre pour notre département. La tarification doit être solidaire pour que toutes et tous privilégient de ce mode de transport collectif et écologique.
Pour tout cela, il faudra investir et investir encore. Je ne crois pas à une prise de conscience d’un gouvernement qui prouve chaque jour que la concurrence et les biens privés sont au-dessus de la devise républicaine : liberté-égalité-fraternité. Il faudra qu’une nouvelle majorité, faite des composantes de la nouvelle union populaire écologique et sociale, prenne au sérieux ce chantier indispensable à nos avenirs communs.

