Par les Colleuses de Châteauroux
Qu’est ce qui fait qu’un jour on se dit « je vais coller » ? A Châteauroux la graine est venue d’une urbaine de passage : « ben il n’y a pas de collages ici ? » Une évidence… On colle pour ne plus être invisible. On colle notre soutien aux femmes. On colle notre colère, notre refus de ce monde pour les femmes. Comment ne pas hurler devant le compteur des féminicides. Comment se taire quand une femme sur deux en France a subi, ou va subir, des violences sexuelles. Comment accepter qu’une femme soit payée en moyenne, à emploi égal, 28,5 % de moins qu’un homme ? C’est quoi ce monde ? C’est quoi la justification ? Parce qu’on est femme ?
« Vous nous coupez la parole, on la prend et on la colle ! »
« Vous nous coupez la parole, on la prend et on la colle ! » Les collages sont forcément une lutte politique. Mais derrière ces chiffres froids, il y a des vies, des histoires de vies, à commencer par les nôtres. Chacune prépare les slogans qu’elle veut coller. Peut s’y loger un moyen de catharsis. Les pleurs, l’écoute, la sororité, c’est aussi ça le collage. Nous venons d’univers différents, n’avons pas les mêmes âges. Cependant nous sommes femmes et pouvons toucher ce que les autres traversent.
Le bouche à oreille, la troupe s’étoffe, les collages champignonnent dans d’autres villes du département. Pas de structuration, pas de lead, personne pour dire ça oui, ça non. Si l’une n’adhère pas à un slogan, elle ne participe pas à son collage mais ne l’empêche pas. Les soirées sont denses. Partages ou échanges sur le féminisme, LES féminismes en réalité. Et toujours on surfe entre perso et politique. Au dernier collage, ma fille de 15 ans est venue avec nous. Transmission, éducation, partage, une évidence aussi. Ce qu’on veut c’est changer le monde. Rien que ça….
« Je m’appelle femme, je n’ai pas d’âge. Mon corps, mon esprit et ma vie sont un champ de ruine causé par le patriarcat »
Je m’appelle femme, je n’ai pas d’âge. Mon corps, mon esprit et ma vie sont un champ de ruine causé par le patriarcat. J’ai été incestée, violée, agressée, insultée, poursuivie, menacée, violentée, rabaissée, humiliée, ostracisée, vilipendée, harcelée, non protégée, co-victime de violences. A mon domicile, à l’école, au travail, à l’hôpital, dans des cabinets médicaux, dans la rue, les transports en commun, des bars, des parcs, chez des ami.es. Seule et sous les yeux d’autrui, ami.es et inconnue.es. Celle et ceux qui ont vu, qui ont su, qui ont été témoin, n’ont jamais rien fait, n’ont jamais rien dit, ne m’ont jamais rien dit ni ne m’ont aidée.
Je m’appelle femme, je n’ai pas d’âge. Mon entourage est un champ de ruine causé par le patriarcat. Je suis la fille, la nièce, la petite-fille et l’arrière-petite fille de femmes psychologiquement et physiquement violentées par leur père, puis par leur(s) conjoint(s). Je suis la nièce de femmes incestuées par leur grand-père. Je suis la cousine d’un homme incestué par son beau-père. Je suis la sœur et la cousine de femmes violées, par conjoints ou connaissances. Je suis la sœur et la cousine de femmes victimes de violences conjugales (psychologiques, morales, financières, administratives, physiques, sexuelles). Je suis la cousine, la tante de très jeunes filles, la grande-cousine d’un bébé, toutes co-victimes de violences conjugales. Je suis la maman d’un garçon et d’une fille sexuellement agréssé.es. Je suis l’amie de femmes qui ont été violées, battues, agressées, harcelées, menacées, insultées, ostracisées.
Je m’appelle femme, je n’ai pas d’âge. Je suis en cours de conscientisation, de reconstruction, de soin, de lutte, de soutien. J’avance, avec courage, volonté, ténacité, et autant que possible, avec bienveillance pour moi-même. C’est un témoignage. Mais c’est nous toutes, car nous sommes partout, tout le temps. C’est toi qui lis cet article, ce sont les femmes de ta vie, de ton quartier, de ton travail, de ton trajet. Nous devons tous.tes ouvrir les yeux et accepter ce fait : le patriarcat tue, blesse, mutile, meurtrit, détruit.
Le féminisme est une lutte pour l’humanité. On colle pour aider des femmes, celles qui subissent des violences sans se rendre compte qu’elles sont victimes, celles qui le savent, celles qui voient. Nos mots sont là : pour se reconnaître, se savoir soutenue, se donner de la force, oser demander de l’aide. On colle pour aider des hommes : à voir, à reconnaître, à entendre les violences patriarcales sur les femmes. On colle pour celle.eux qui justifient les violences ou qui voient sans voir : parce qu’une seule violence n’est jamais banale ou normale, ou acceptable.
Pour l’abolition du patriarcat, Vive la sororité et les âmes sorores.

