Par Lola, pour le collectif citoyen « Non à la mégaporcherie de Feusines-Perassay »
Depuis le printemps 2022, associations* et citoyens se mobilisent dans le Boischaut-sud contre le projet d’agrandissement de la déjà très grosse porcherie industrielle de l’EARL Van den Broek située sur les communes de Feusines et Perassay.
Ce projet, c’est le passage de 3 000 à 9 225 emplacements, pour produire 15 600 porcs par an, alors que la taille moyenne des porcheries dans l’Indre est de 400 places. Pour faire fonctionner cette usine, il faudrait mobiliser 700ha de terre pour nourrir les cochons, 80ha pour nourrir le méthaniseur, prélever 20 800m3 d’eau pour les faire boire et nettoyer, puis faire absorber 6600T de digestat (lisier post méthanisation) supplémentaire par les sols dans une zone classée vulnérable aux nitrates. C’est beaucoup, et même beaucoup trop pour une seule exploitation !
Présenté comme « innovant et structurant » à la presse par le préfet de l’Indre, ce projet est issu d’une conception industrielle et productiviste de l’agriculture propre au 20e siècle. Cette approche est responsable de nombreux dégâts sur l’ensemble du territoire, et donc « has- been » tant elle est peu adaptée aux challenges à venir que sont l’effondrement écologique, le dérèglement climatique ou la sortie des énergie fossiles.
La très forte pression que l’agrandissement de cet élevage fera peser sur la ressource en eau locale dans un contexte de sécheresses à répétition va à l’encontre de toute démarche de résilience territoriale. À court terme, la consommation en eau passerait de 6 000m3 sur le réseau d’alimentation en eau potable au lieu de 3 000m3 aujourd’hui et 14 800m3 seraient pompés dans la nappe au lieu 1 000m3 aujourd’hui. À long terme, c’est un risque accru de pollution des nappes par l’accumulation des épandages de digestat sur un territoire déjà en Zone Vulnérable aux Nitrates (ZVN) et où d’autres élevages IPCE sont implantés, ou par accident (en 2020 une fuite de 400m3d e digestat a privé 180000 habitants d’eau potable, ici c’est 10000m3 qui sont stockés).
Malgré un dossier présentant cette ferme-usine comme ancrée dans une économie locale et circulaire, productrice d’énergie renouvelable, l’installation et son procédé sont avant tout représentatifs d’un système agro-alimentaire globalisé, hors-sol et accro aux énergies fossiles. Par exemple, la concentration disproportionnée d’animaux par rapport à la taille de l’exploitation (200ha), aura pour conséquence l’achat d’aliments ailleurs, et donc l’augmentation des pollutions liées aux transports et de la déforestation liée à la production d’aliments importés.
La production d’une énergie vertueuse, via la méthanisation, apparaît comme un alibi. En effet, 60 % de la production énergétique de l’installation devrait servir au fonctionnement de la porcherie et de son méthaniseur, alors même que les plus de 6 000m2 de bâtiments neufs ne prévoient aucune installation de panneaux photovoltaïques. Enfin, entre une circularité basée sur la valorisation des déchets et sous-produits d’agro-industries situées à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres et le choix de l’abattoir de Lapalisse (Allier) à 140km au lieu de celui de Lacs situé à quelques kilomètres, la « vertuositée » de l’opération reste très dépendante aux énergies fossiles et le bénéfice au niveau local se limite à la création de 2 emplois.
Contrairement à ce que certains cherchent à nous faire croire en autodéclarant ce projet légal, la partie n’est pas jouée ! Des recours juridiques sur le fond, portés par l’association Indre Nature et soutenus par l’ensemble des opposants au projet, sont en cours et ont besoin du soutien et de la mobilisation de tou.te.s.
C’est l’avenir du Boischaut-sud qui se joue là, car faute d’une réelle vision à long terme de la part des dirigeants, ce territoire s’industrialise au fil du temps, dans une logique productiviste dépassée. Les céréaliers, mais aussi des sociétés de regroupement de producteurs porcins sont en train de détruire l’écosystème remarquable du Boischaut-sud. Ce paysage sculpté au fil des siècles par l’élevage extensif et des exploitations de tailles moyennes perd peu à peu son identité. L’impact local de la mégaporcherie illustre cette tendance : coupe radicale de dizaines de chênes multicentenaires, arrachage de haies, rebouchage de marres, habitations achetées puis laissées à l’abandon pour gagner quelques hectares !
Il est temps de s’organiser pour faire face à l’industrialisation et à la financiarisation de notre cadre de vie au détriment des ressources écosystémiques communes.
Non aux fermes usines,
Oui à une agriculture paysanne ancrée dans son territoire.
Pour aller plus loin :
- « Non à la mégaporcherie de Feusines-Perassay » sur Facebook
- Blog Noporch 23 –
– Se mobiliser en contactant le collectif « Non à la mégaporcherie de Feusines-Perassay » - megaporcheriefeusines@protonmail.com
– Financer l’action juridique via HelloAsso – https://bit.ly/3CTYNny
*Indre Nature, La confédération paysanne, les amis de la confédération paysanne, la
fédération de pêche, le collectif citoyen creusois L’échalier
