Par le Collectif Carte Blanche
Une histoire de lutte(s)
S’il est une aventure sociale qui aura marqué la ville du Blanc ces dernières années, c’est bien celle de Carte Blanche.
Un peu d’histoire…
Lorsque les services de l’état lancent la grande désorganisation des services hospitaliers en 2018, la maternité du Blanc, comme celle de nombreuses petites villes de France est grandement menacée. Un collectif de citoyens, perplexes face aux entourloupes du Ministère de la Santé, de l’Agence Régionale de Santé et de la direction du pôle hospitalier Châteauroux-Le Blanc, décide de passer à l’offensive. Il s’agit dès lors de rappeler, de manière pacifiste et médiatique, que les habitants du bassin sont scandalisés par cette fermeture qui oblige les futurs parents à se tourner vers des maternités distantes d’une heure de voiture au minimum ! Le collectif, baptisé Cpasdemainlaveille s’insurge contre cette décision purement comptable qui met en danger les mères et les bébés.
Comme c’est de tradition sous les mandats de la macronie, tous les échanges avec les services d’État s’avèrent vains, méprisants voire insultants.
Comme c’est de tradition sous les mandats de la macronie, tous les échanges avec les services d’État s’avèrent vains, méprisants voire insultants.
C’est alors que le collectif décide de mener des actions civiles afin d’attirer l’attention sur cette fermeture qui impacte un bassin de 20 000 personnes : désordre à l’ARS, manifestation au centre hospitalier de Châteauroux, opération de cadenassage de la Sous-Préfecture en un premier temps, puis occupation de la Maternité pendant dix jours.
Ces dix jours vont lancer un élan citoyen sans précédent : locaux occupés nuit et jour, ateliers, échanges, débats, projections, cuisine partagée, bricolage, espace enfance et parentalité, service presse, rencontre avec des élus et soutiens politiques. On compte jusqu’à 300 visites par jour ! Le Blanc et sa maternité ont alors un écho national (Le Monde, Libération, Le Figaro, France TV, TF1, L’Humanité, Charlie Hebdo vont entre autres relayer la lutte) qui va permettre d’alerter l’opinion publique sur les dérives de la politique macroniste en termes d’abandon des services publics. Hélas, à l’aube du dixième jour, l’état agacé lancera sa meute policière sur les occupants et évacuera manu militari femmes et hommes, enfants, jeunes et vieux, élus et médecins.
Cet épisode amer va donner une nouvelle dimension au collectif en lutte. A peine évacués, les militants vont trouver asile dans l’ancienne maison médicale du Blanc, située… à côté de la maternité ! C’est ainsi que va pouvoir se prolonger l’aventure : rapidement va naître un nouveau collectif qui va chercher à formaliser et regrouper toutes les énergies de cette lutte constructive.
Une histoire de solidarité
Ce collectif, « un Tiers-Lieu au Blanc » est né en septembre 2019 d’un constat partagé entre différents acteurs : les association Kaléidoscope, Atout Brenne et ID en Brenne qui, depuis au moins 2014, réfléchissaient déjà à la problématique de manque de locaux associatifs sur la commune du Blanc. Grâce à la vitalité de l’écosystème local et face à l’urgence de créer un lieu ressource pour les associations et les citoyen.nes, une quarantaine de personnes se sont alors lancées dans un processus de co-construction du projet de Tiers-Lieu.
Trois mois plus tard, en janvier 2020, le collectif a acté son installation temporaire à l’ancienne maison de santé, rebaptisée « Maison Amicale ». Celle-ci était alors déjà occupée par le collectif citoyen Cpasdemainlaveille, toujours en lutte contre la fermeture de la maternité du Blanc, qui engendrait déjà par sa seule présence dans le lieu l’occasion de rencontres, d’échanges et de lien social. Cette mobilisation sans précédent sur la ville a fédéré un groupe de citoyens décidés à ne pas laisser le territoire se dévitaliser. Au-delà de la fermeture de la maternité, c’est toute cette zone rurale qui est marquée par le désengagement de l’État et la fermeture des services publics. Ce constat est au cœur du projet de Tiers-Lieu : œuvrer pour l’animation du territoire et offrir un support aux mobilisations et aux projets des habitants.
Au-delà de la fermeture de la maternité, c’est toute cette zone rurale qui est marquée par le désengagement de l’État et la fermeture des services publics. Ce constat est au cœur du projet de Tiers-Lieu : œuvrer pour l’animation du territoire et offrir un support aux mobilisations et aux projets des habitants.
Une structure en pleine mutation
En juin 2020, le collectif Tiers-Lieu s’est transformé en une association : Carte Blanche. Elle regroupe de nombreux bénévoles et une vingtaine de structures impliquées de longue date dans la vie du territoire. Suite à une période d’expérimentation portée par l’association Kaléidoscope, le Tiers-Lieu est labellisé en 2021 Fabrique de Territoire par l’Etat dans le cadre du dispositif Nouveaux Lieux Nouveaux Liens. Il s’est donné pour finalité d’être un acteur du développement social local.
Les espaces de sociabilisation manquent. Ainsi, il semble urgent de recréer des espaces physiques de rencontre et d’animer cet élan entre les habitants et habitantes du territoire, dans un objectif de création et de renforcement de lien social. Dans cette optique, Carte Blanche souhaite mettre à l’honneur la mixité des publics et des activités, afin de provoquer des rencontres inattendues et toujours riches et fertiles. En effet, la diversité des activités prenant place dans le Tiers-Lieu, et par là même la diversité des publics usagers, permet en quelque sorte de casser le déterminisme social en donnant l’occasion à toutes les strates sociales de se rencontrer, d’échanger et de « faire ensemble ». Ainsi, chaque personne se sent autant « légitime » que les autres de pousser la porte du Tiers-Lieu, rendant ainsi possible la coopération entre les acteurs au sein du lieu pour favoriser l’émancipation des publics les plus précaires.
Allant au-delà d’un seul lieu de travail ou de loisir, le croisement des différentes sphères sociales (professionnelle, familiale, amicale…) inhérente au concept même de Tiers-Lieu permet aux usagers d’expérimenter concrètement la vie en collectif, de se confronter à des pratiques à première vue étrangères aux leurs et ainsi de recréer du commun.
Concrètement, il suffit de se rendre à Carte Blanche pour saisir cet élan : bureaux ouverts et salariés accueillants, espaces de rencontre pour les associations qui foisonnent de diversité, espace de co-working bien vivant, café cantine associatif pour faire une pause et échanger, atelier partagé toujours foisonnant (cours d’arts, ateliers impression, sérigraphie, photo…), radio associative diffusant sur Le blanc et Argenton !
S’ouvre désormais, à partir de ce printemps 2024, une nouvelle étape de travaux pour optimiser et conformer davantage : d’importants travaux sont programmés pour la réhabilitation énergétique, l’aménagement intérieur et extérieur, l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, et également offrir des espaces de formation adaptés.
L’objectif est ainsi d’améliorer le confort des nombreux usagers, d’adapter les locaux aux différentes activités hébergées dans le lieu, mais aussi de progresser fortement en sobriété énergétique.
Pluralité des services, accueil enthousiaste et inclusif, conseils, échanges, formations, mixité des publics font de Carte Blanche un vecteur de dynamisme et de projet de territoire ! Osez pousser la porte et venez-vous associer à ce bel élan populaire !
Contacts :
02,54,37,00,94

Crédits photos :
1 – Carte Blanche, Le Blanc © Rural rouge
2 – Carte Blanche, Le Blanc © Rural rouge
3 – Dugudus, Forme des luttes
