Par Damien Barré
Oubliées, et abandonnées, nos campagnes semblent vouées inlassablement au déclin. Leur identité effacée par le jargon administratif, pour ne plus être que des « territoires ruraux » indistincts, sans identité, et donc sans avenir. La tendance lourde, et déjà ancienne, au dépeuplement, alimentée et alimentant le manque d’emploi et le recul des services publics renforcent ce sentiment, dans un engrenage sans issue.
Oui, vivre à la campagne est devenu de fait un acte de résistance, choisi ou subi. Résistance aux injonctions de la modernité et à l’impératif de la vie en ville. Parce qu’elles sont oubliées elles sont épargnées par les excès d’un système mondialisé. Résistance aussi à la fascination matérialiste, résistance à l’individualisme généralisé, résistance au numérique qui s’immisce dans tous les interstices de nos vies, résistance enfin à la tentation individualiste, dans le décor du chaos du monde. Sous ce jour, nos campagnes deviennent une terre d’espérance et de liberté.
« Le scandale de la désertification a permis de ranimer cette flamme de la résistance, qui n’était plus qu’un souvenir dans les mémoires. »
Les combats pour les services publics, ici pour la maternité, là pour la gare, à côté pour la poste, et encore pour l’école, sont venus déchirer le silence du fatalisme. En donnant conscience à des gens que plus grand-chose n’unissait d’un destin commun autour de la sauvegarde de ces biens communs. Le scandale de la désertification a permis de ranimer cette flamme de la résistance, qui n’était plus qu’un souvenir dans les mémoires. Ces combats, heureux ou malheureux ont reconstruit quelque chose d’immatériel et d’inestimable face à la difficulté.
Ce regain, bienvenu et inattendu, peut être le point de départ d’un avenir alternatif pour nos campagnes. Le désintérêt nous offre un espace de liberté qui permet d’inventer des choses nouvelles et collectives, la faiblesse des structures nous offre de la souplesse et de la réactivité, comme nous l’avons vu durant le Covid, nos différences avec la ville font désormais notre force face à l’épuisement du monde. Suivre cette voie nous conduit à nous tourner vers les plus anciens qui conservent encore le secret d’une société pré-libéralisée. Mais la force spontanée du collectif est toujours fragile, lorsque le torrent qui fait sortir de son jardin clos rentre dans son lit.
Malgré la venue de nouveaux habitants, qui contribue également à renouveler le regard sur notre campagne, les forces à l’œuvre, et notamment du repli sur soi sont fortes et à tout moment menacent. La déception et la résignation en sont des ingrédients puissants. Bien que marginalisées, nos campagnes ne sont pas exemptes, en fin de course, des affres de la société libérale, dont elle est partie et qui continue malgré tout d’exercer sa fascination. Ainsi, nous devons être en éveil pour toujours mobiliser, et mettre en place les lieux et les actions propres à nous réunir.
