Nous, habitant.es de Bélâbre, du Val d’Anglin, de la Brenne, de l’Indre et au-delà, soutenons l’initiative courageuse de la municipalité de Bélâbre d’installer un centre d’accueil de demandeurs d’Asile (CADA) au cœur du village.
En ces temps troublés par la multiplication des conflits et l’aggravation de la crise climatique, les populations civiles sont les premières victimes de la guerre économique que se livrent les grandes puissances impérialistes. Le sort tragique réservé à des milliers de réfugiés venus du Sud et d’Orient, victimes des ravages du néocolonialisme et de la politique belliciste de l’Occident, doit nous inviter à l’humilité et à la fraternité.
Après avoir connu la persécution dans leur pays, vécu l’indicible pour rejoindre l’Europe, vu parfois périr un frère, une fille, un père, emportés par la Méditerranée dans le silence assourdissant de la mer, après avoir été traqués par les polices de la forteresse Europe, parqués dans des centres de rétention dans des conditions sanitaires inhumaines, la possibilité d’obtenir le droit d’asile en France, dont les conditions d’obtention n’ont cessé de se durcir au fil des ans, est un droit inaliénable reconnu internationalement par la convention de Genève et inscrit dans la Constitution française. Leur tendre la main est un devoir d’humanité.
France, terre d’asile
La France oublierait-elle qu’elle est la patrie des droits de l’Homme ? Dans le Droit de vivre, Henri Levin, vice-président de la LICA, futur résistant, pose en mars 1935 une question rhétorique : « La France n’était-elle pas la nation riche et généreuse qui éveillait dans l’âme des révoltés politiques d’ailleurs l’amour d’un sol où la liberté était enracinée ?
Il fut un temps pas si lointain où le droit d’asile mobilisait au nom de la République. Intellectuels, femmes et hommes politiques, militant.es antiracistes et anticolonialistes, associations de défense des droits de l’Homme ont combattu pour faire vivre ce droit fondamental. Mobilisons-nous sur notre territoire pour voir respecter une des plus vieilles traditions de la France républicaine : l’hospitalité fraternelle et l’accueil inconditionnel des réfugiés politiques.
Cette tradition, qui a bénéficié à des milliers de réfugiés espagnols, italiens, cambodgiens, russes, syriens, kurdes, iraniens… ayant fui le fascisme et la répression dans leur pays, doit vivre dans nos villes et nos villages, cœurs battants de la République. Il est temps de faire tomber les murs pour accueillir avec dignité l’ensemble des réfugiés qui de par le monde, fuient les guerres civiles, les crises humanitaires et le changement climatique.
« Je fais partie de ces individus que rien au monde n’empêchera de porter une aide directe ou indirecte aux réfugiés et aux proscrits. Je suis de vieille souche française, monsieur le Ministre, j’obéis à une tradition que j’ai reçue en naissant : si c’est être rebelle que d’offrir au proscrit une place au foyer d’asile, comptez-moi parmi les rebelles ! » Magdeleine Paz, lettre ouverte à Albert Sarraut, ministre de l’intérieur, 1938
Brenne, terre d’accueil pour les réfugiés
Opposons à l’intolérance et à la tentation du repli sur soi l’ouverture à l’autre et un avenir solidaire pour notre territoire rural. L’initiative du collectif « Non au CADA à Bélâbre », soutenue et instrumentalisée par le Rassemblement national et Reconquête, doit nous renforcer dans notre détermination à accueillir avec dignité ces femmes et ces hommes que les crises et les persécutions ont arraché à leurs terres.
Ce projet à taille humaine est une belle opportunité pour notre territoire. Il représente une chance pour la préservation de nos services publics, en premier lieu l’école ; une chance pour la vitalité économique et démographique de nos villages ; une chance pour nos enfants, d’apprendre à connaitre et à aider l’autre, par-delà ses différences. C’est l’essence même des valeurs d’égalité et de fraternité, si chères à la République sociale de Jean Jaurès.
Partout en France, des initiatives citoyennes et des expériences locales démontrent que l’accueil de nouvelles populations ne peut qu’enrichir nos campagnes. A nos portes même, dans le Limousin, terre d’accueil et d’expérimentations.
Préoccupons-nous d’accueillir nos sœurs et nos frères d’ailleurs dans les meilleures conditions possibles, de leur ouvrir grand nos portes, pour leur proposer une halte digne dans leur lutte pour la vie. Car des pierres des murs dressés entre nous, nous bâtirons des maisons.
Collectif Rural Rouge

