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Pourquoi un journal local ?

Que reste-il du droit à l’information pensé comme un bien public et collectif ?
Quelques îlots de résistance noyés dans un océan de médiocrité et désertion, à l’ère du tout numérique et de la télévision poubelle. La liberté de la presse s’est depuis longtemps muée en chimère. Les privatisations censées « libérer les médias » les ont conduits droit dans les bras des grandes fortunes du CAC 40.
En trois mots, Informer, Rassembler, Résister
L’information est désormais contrôlée d’une main de fer par les tenants de l’ordre capitaliste et financier mondial, au point qu’il devient difficile d’avoir accès à une information indépendante et de qualité.
Nous sommes entrés à marche forcée dans le règne des chaines d’information en continu. Ces empires médiatiques font désormais la pluie et le beau temps, à grand renfort de plateaux télés et d’animateurs vedettes. Des journalistes, qui parlent même quand ils n’ont rien à dire, s’arrogent le droit de faire et défaire des candidatures et tentent de peser sur l’agenda politique ; des débats polémiques font la part belle aux idées d’extrême-droite et à celui qui hurlera le plus fort. Ceci finit par épuiser la réflexion, dans un pays déjà fatigué ! Au point que beaucoup sont prêts à aller vers celui ou celle qui permettra seulement d’arrêter tout cela.

Aujourd’hui, il nous faut faire un choix : accepter l’existant, et se solidariser avec les maîtres de la marchandise, ou se battre pour des médias indépendants de qualité.
Aujourd’hui, il nous faut faire un choix : accepter l’existant, et se solidariser avec les maîtres de la marchandise, ou se battre pour des médias indépendants de qualité.
Si quelques îlots de résistance subsistent et se mobilisent pour une information libérée des impératifs de rentabilité, la course au divertissement marchant et à l’audimat a largement discrédité les médias traditionnels. Il nous faut faire un choix : « accepter l’existant, et se solidariser avec les maîtres de la marchandise ; ou se battre pour des médias indépendants de qualité ».
Collectif Rural Rouge
Journal local d’intérêt général, Rural Rouge est un média d’information indépendant créé en 2022 aux confins de l’Indre, de la Creuse, de la Vienne et de la Haute-Vienne. Entièrement gratuit, notre journal militant est dénué de tout intérêt économique. Il aspire simplement à donner la parole aux acteurs engagés de nos territoires et à proposer des sujets qui touchent la vie quotidienne des habitants de nos communes rurales de l’Indre et au-delà. En trois mots, Informer, Rassembler, Résister. Animé par un collectif de bénévoles, il se décline en format numérique et en version papier, distribué par voie militante dans le sud de l’Indre et sur demande.
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Leçons du mouvement des Gilets jaunes dans les campagnes populaires berrichonnes

Samuel Legris, doctorant en sociologie*
Le surgissement des Gilets jaunes à l’automne 2018 a rendu visible l’existence d’un « nous » populaire dans les campagnes du centre de la France. La constitution d’un bloc populaire s’est alors rapidement imposée comme un enjeu essentiel du soulèvement. L’enquête ethnographique que j’ai conduite par observation participante à partir de décembre 2018 sur un rond-point situé à la périphérie d’un bourg rural berrichon de 4 000 âmes a toutefois mis en lumière un obstacle majeur à l’union des dominés.
Ce carrefour giratoire a été occupé par des Gilets jaunes dès l’acte fondateur du samedi 17 novembre 2018 et, à intervalles réguliers, jusqu’à aujourd’hui. Mon analyse repose sur l’étude approfondie des interactions réelles et virtuelles entre les acteurs du mouvement. Plus précisément, elle se fonde sur l’examen des représentations du monde social de membres des fractions consolidées des classes populaires et des segments précarisés des classes moyennes qui ont revêtu le gilet réfléchissant sur ce rond-point du Berry.
Plusieurs résultats tirés de ma recherche méritent d’être mentionnés. Tout d’abord, une partie des Gilets jaunes mobilisés adhère à une vision tripartite du monde social de la forme « ceux d’en bas/nous/ceux d’en haut », nommée « conscience sociale triangulaire » par le sociologue Olivier Schwartz. La tripartition de la conscience sociale résulte du sentiment d’une double pression, venant à la fois du haut de l’espace social (des classes dominantes) et du bas (des plus précaires). Elle témoigne d’un clivage interne aux classes populaires qui sépare les fractions stabilisées des franges plus fragiles. La « conscience sociale triangulaire » de ces Gilets jaunes berrichons se matérialise par une double opposition « nous, le peuple des travailleurs/eux, les dominants » et « nous, le peuple des travailleurs/eux, les chômeurs, les allocataires des minima sociaux et les immigrés ». Elle repose sur une frontière sociale et morale entre un « nous » qui « bosse », « paie », « se prive », « préserve », « respecte », « joue le jeu » et un « eux » qui « glande », « dépense », « profite », « détruit », « méprise », « triche ».
Les Gilets jaunes rassemblés sur ce rond-point rural berrichon ne sont toutefois pas tous dotés d’une « conscience sociale triangulaire ». À l’image de Martine, une partie des acteurs du mouvement adresse des rappels à l’ordre à leurs camarades qui expriment une hostilité vis-à-vis de « ceux d’en bas » en les taxant d’« assistés », de « cas soc’ » ou de « branleurs ». Cette secrétaire dans un garage agricole âgée de 59 ans lance sur le rond-point un samedi après-midi de septembre 2019 où il est question d’immigration : « Moi, je suis plus pour qu’on fasse descendre ceux d’en haut ! ». Sur Facebook, elle réplique à un Gilet jaune berrichon : « Pourquoi s’attaquer à ceux qui n’ont rien alors que ceux qui ont déjà beaucoup vont avoir plus, vous vous trompez de cible ». Ces rappels à l’ordre sont révélateurs d’une conscience sociale dichotomique du type « eux, ceux d’en haut/nous, ceux d’en bas ». Ils sont principalement émis par des sans-emploi, qui réprouvent le clivage interne aux classes populaires qui les place du côté du « eux », ainsi que par des sympathisants et des militants de gauche.
En somme, la condamnation morale de « ceux d’en bas » entraîne de fortes dissensions parmi les acteurs du mouvement des Gilets jaunes mobilisés sur ce rond-point. Elle génère des affrontements internes au groupe de protestataires berrichons entre ceux qui adhèrent à une représentation tripartite du monde social et ceux qui se retrouvent dans une vision binaire de la société. La persistance de l’expression d’une « conscience sociale triangulaire », qui était majoritaire sur ce carrefour giratoire du Berry, conduit finalement au désengagement progressif des Gilets jaunes qui se représentent le monde social sur un mode binaire.
» Quiconque souhaite l’hégémonie de la gauche dans les campagnes populaires doit œuvrer pour juguler la « conscience sociale triangulaire » »
La banalisation de la « conscience sociale triangulaire » dans les strates situées à la frontière des classes populaires et des classes moyennes, où se sont essentiellement recrutés les Gilets jaunes, est constatée depuis une quinzaine d’années par les chercheurs en sciences sociales. Elle constitue aujourd’hui un obstacle majeur à l’unification d’un bloc populaire. Dès lors, quiconque souhaite l’hégémonie de la gauche dans les campagnes populaires doit œuvrer pour juguler la « conscience sociale triangulaire ». Il importe d’agir pour que ces groupes sociaux regardent prioritairement vers le haut de l’espace social.
Dans son récent ouvrage Je vous écris du front de la Somme, François Ruffin dégage une série de pistes de travail en ce sens. À l’instar de Martine et d’autres Gilets jaunes de la rive gauche du rond-point berrichon, le député France insoumise propose de réactiver le conflit entre les « petits » et les « gros ». Il plaide en outre pour l’universalisation des droits sociaux afin d’atténuer les divisions internes aux classes populaires. Pour répondre à la quête de respectabilité et de reconnaissance qui sous-tend la condamnation morale et le souci de distinction vis-à-vis des allocataires des minima sociaux, il appelle enfin la gauche à axer son discours sur la fierté au travail.
La gauche l’a emporté dans le nord du Limousin (Creuse et Haute-Vienne) lors des dernières élections législatives. Comprendre et agir collectivement contre la « conscience sociale triangulaire » s’impose désormais afin de conquérir le Berry et le Poitou.
* Samuel Legris est l’auteur des récents articles « “Nous on crève de faim pendant ce temps-là”. La persistance du « déjà, nous » chez des Gilets jaunes ruraux », Savoir/Agir, n°57, pp. 81-88, 2021 et « La conscience sociale des Gilets jaunes : étude sociologique de représentations en lutte », Mots. Les langages du politique, n°129, pp. 125-145, 2022.

©Alexis Bardin, Formes des luttes -
Indre, terre de lutte(s)

Par le collectif Rural Rouge
En terre berrichonne, les dernières échéances électorales se sont traduites par un vote important en faveur des représentants du système capitaliste, les uns portant l’étendard du libéralisme, les autres du fascisme, sans que les représentants d’une alternative sociale et écologique ne parviennent à renforcer sensiblement leur ancrage électoral, contrairement à d’autres territoires comme le Limousin (Creuse et Haute-Vienne).
Alors que la crise sociale, économique et énergétique démontre l’urgence de résister à une politique gouvernementale au service des plus riches qui aggrave les inégalités territoriales, détruit nos emplois et asphyxie nos villages, le second quinquennat de Macron risque de sonner le glas de notre modèle social, conquis de hautes luttes et hérité du Conseil National de la Résistance (CNR) : réforme des retraites, assurance chômage… Cet horizon libéral, imposé en l’absence de toute légitimité démocratique par le recours systématique à l’article 49.3 de la Constitution, aura de graves conséquences sur l’avenir de nos campagnes populaires, déjà durement touchées par la disparition des services publics, la concentration monopolistique des services dans les grandes métropoles et la désertification médicale.
« Cet horizon libéral, imposé en l’absence de toute légitimité démocratique par le recours systématique à l’article 49.3 de la Constitution, aura de graves conséquences sur l’avenir de nos campagnes populaires »
Pour autant, les nombreuses luttes écologiques et sociales en cours pour défendre nos territoires ruraux viennent éclaircir l’horizon des luttes et démontrent que la résignation ne peut être de mise : mouvement social contre la réforme des retraites, bataille du rail à Argenton-sur-Creuse pour l’avenir de la ligne POLT, lutte écologique contre la Méga-Porcherie de Feusines, mobilisations des gilets-jaunes en Berry pour la justice sociale et la dignité, combats féministes contre la domination patriarcale, soutien au projet d’installation d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) à Bélâbre, mobilisations syndicales pour préserver nos emplois industriels (Alvance Wheels), poursuite de la lutte du Comité de défense des usagers de l’hôpital du Blanc…
Ce deuxième numéro de Rural rouge, journal local d’intérêt général, entend proposer un tour d’horizon des luttes en cours sur notre territoire populaire.

Manifestation à Châteauroux contre la réforme des retraites © Gabriel Bléron Ponroy « Faire converger les luttes pour mobiliser nos campagnes populaires »
Sans convergence des luttes, point de salut. Dans nos campagnes populaires comme dans d’autres territoires, le paysage foisonnant des luttes contemporaines démontre l’importance des mouvements qui se dressent contre les inégalités, la violence et les discriminations produites par le capitalisme.
Comme le rappelle avec justesse Roger Martelli, « que le point de départ du combat « anti systémique » soit la lutte syndicale, la position sociale, le mal vivre, la mise à l’écart des femmes, l’angoisse de l’implosion climatique, les valeurs humanistes, la passion altermondialiste, le refus des discriminations ou la peur du fascisme : tout cela importe peu. Seule compte la mise en mouvement et l’unification des catégories populaires dispersées. »
L’enjeu est donc de réunir à nouveau ce qui ne l’est pas : exploités, dominés, dépossédés, discriminés. L’idée grandit sous bien des appellations, dans le Berry comme ailleurs, qu’il est donc nécessaire de passer de l’addition simple à la mise en commun pour prendre le pouvoir.
Photo de couverture : Manifestation à Châteauroux contre la réforme des retraites © Gabriel Bléron Ponroy
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Soutien au projet d’installation d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) à Bélâbre

Nous, habitant.es de Bélâbre, du Val d’Anglin, de la Brenne, de l’Indre et au-delà, soutenons l’initiative courageuse de la municipalité de Bélâbre d’installer un centre d’accueil de demandeurs d’Asile (CADA) au cœur du village.
En ces temps troublés par la multiplication des conflits et l’aggravation de la crise climatique, les populations civiles sont les premières victimes de la guerre économique que se livrent les grandes puissances impérialistes. Le sort tragique réservé à des milliers de réfugiés venus du Sud et d’Orient, victimes des ravages du néocolonialisme et de la politique belliciste de l’Occident, doit nous inviter à l’humilité et à la fraternité.
Après avoir connu la persécution dans leur pays, vécu l’indicible pour rejoindre l’Europe, vu parfois périr un frère, une fille, un père, emportés par la Méditerranée dans le silence assourdissant de la mer, après avoir été traqués par les polices de la forteresse Europe, parqués dans des centres de rétention dans des conditions sanitaires inhumaines, la possibilité d’obtenir le droit d’asile en France, dont les conditions d’obtention n’ont cessé de se durcir au fil des ans, est un droit inaliénable reconnu internationalement par la convention de Genève et inscrit dans la Constitution française. Leur tendre la main est un devoir d’humanité.
France, terre d’asile
La France oublierait-elle qu’elle est la patrie des droits de l’Homme ? Dans le Droit de vivre, Henri Levin, vice-président de la LICA, futur résistant, pose en mars 1935 une question rhétorique : « La France n’était-elle pas la nation riche et généreuse qui éveillait dans l’âme des révoltés politiques d’ailleurs l’amour d’un sol où la liberté était enracinée ?
Il fut un temps pas si lointain où le droit d’asile mobilisait au nom de la République. Intellectuels, femmes et hommes politiques, militant.es antiracistes et anticolonialistes, associations de défense des droits de l’Homme ont combattu pour faire vivre ce droit fondamental. Mobilisons-nous sur notre territoire pour voir respecter une des plus vieilles traditions de la France républicaine : l’hospitalité fraternelle et l’accueil inconditionnel des réfugiés politiques.
Cette tradition, qui a bénéficié à des milliers de réfugiés espagnols, italiens, cambodgiens, russes, syriens, kurdes, iraniens… ayant fui le fascisme et la répression dans leur pays, doit vivre dans nos villes et nos villages, cœurs battants de la République. Il est temps de faire tomber les murs pour accueillir avec dignité l’ensemble des réfugiés qui de par le monde, fuient les guerres civiles, les crises humanitaires et le changement climatique.
« Je fais partie de ces individus que rien au monde n’empêchera de porter une aide directe ou indirecte aux réfugiés et aux proscrits. Je suis de vieille souche française, monsieur le Ministre, j’obéis à une tradition que j’ai reçue en naissant : si c’est être rebelle que d’offrir au proscrit une place au foyer d’asile, comptez-moi parmi les rebelles ! » Magdeleine Paz, lettre ouverte à Albert Sarraut, ministre de l’intérieur, 1938
Brenne, terre d’accueil pour les réfugiés
Opposons à l’intolérance et à la tentation du repli sur soi l’ouverture à l’autre et un avenir solidaire pour notre territoire rural. L’initiative du collectif « Non au CADA à Bélâbre », soutenue et instrumentalisée par le Rassemblement national et Reconquête, doit nous renforcer dans notre détermination à accueillir avec dignité ces femmes et ces hommes que les crises et les persécutions ont arraché à leurs terres.
Ce projet à taille humaine est une belle opportunité pour notre territoire. Il représente une chance pour la préservation de nos services publics, en premier lieu l’école ; une chance pour la vitalité économique et démographique de nos villages ; une chance pour nos enfants, d’apprendre à connaitre et à aider l’autre, par-delà ses différences. C’est l’essence même des valeurs d’égalité et de fraternité, si chères à la République sociale de Jean Jaurès.
Partout en France, des initiatives citoyennes et des expériences locales démontrent que l’accueil de nouvelles populations ne peut qu’enrichir nos campagnes. A nos portes même, dans le Limousin, terre d’accueil et d’expérimentations.
Préoccupons-nous d’accueillir nos sœurs et nos frères d’ailleurs dans les meilleures conditions possibles, de leur ouvrir grand nos portes, pour leur proposer une halte digne dans leur lutte pour la vie. Car des pierres des murs dressés entre nous, nous bâtirons des maisons.
Collectif Rural Rouge

© Quentin Dugay, FDL, Mimmo -
Penser avant de s’indigner

L’indispensable solidarité qui s’organise à l’échelle européenne pour accueillir les 800 000 réfugiés ukrainiens qui fuient la guerre aura donc prouvé qu’il est possible de lever les barrières, jusque-là infranchissables, de la forteresse Europe pour des milliers de réfugiés venus d’Afrique ou d’Asie.
Pourtant, la solidarité, comme l’indignation, ne saurait être sélective ! L’élan soudain d’humanisme des dirigeants politiques européens, de la Pologne à la France, ne fera pas oublier les années de violation des droits humains et l’écrasante responsabilité de l’UE dans le sort indigne réservé à des milliers de réfugiés venus du Sud et d’Orient. Les mêmes qui criaient à l’invasion face à des hordes fantasmées de « migrants » d’origines et de religions différentes, qui appelaient à la fermeture des frontières, qui ont froidement orchestré la traque et l’arrestation de milliers de réfugiés dans des camps de rétention et laissé périr des centaines d’autres en Méditerranée dans l’indifférence générale, cherchent aujourd’hui à enfiler la cape de l’internationalisme en ouvrant grand les portes de l’Europe. Une tentative vaine de se refaire une virginité politique qui, à quelques semaines des échéances électorales, donne la nausée. En Syrie, au Yémen, en Palestine, au Mali, en Somalie, au Sahara occidental, au Kurdistan, au Tchad (…), théâtres de guerre, les populations civiles meurent sous les bombes dans le silence assourdissant des médias occidentaux. Il est temps de faire tomber les murs pour accueillir avec dignité l’ensemble des réfugiés qui de par le monde, fuient les guerres civiles, les crises humanitaires et le changement climatique.
Face aux va-t-en-guerre, aux bellicistes et aux tenants de l’ordre capitaliste mondial, à l’Est comme à l’Ouest, qui tentent de justifier l’escalade guerrière, il est urgent de leur opposer la voix du non-alignement ! Jean Jaurès disait que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ». De par sa situation stratégique et l’étendue de ses ressources naturelles, l’Ukraine est avant tout une proie formidable pour les impérialismes de tout bord. L’agression militaire russe, qui représente une violation injustifiable du droit international et de la souveraineté du peuple ukrainien, faisant peser sur l’Humanité entière la menace d’une guerre nucléaire, aura permis au chevalier blanc américain de refaire surface, six mois seulement après la déroute occidentale en Afghanistan.
Comme invite à le faire Edgar Morin, « il faut penser avant de s’indigner ». La seule alternative aux ravages qu’infligera une nouvelle guerre est une politique d’unité de classe contre les impérialismes russes et américains. Au peuple russe et à lui seul le soin de lutter contre le pouvoir autoritaire du Kremlin. A nous de lutter contre l’OTAN et l’impérialisme américain, principales forces contre-révolutionnaires de la planète.
Photo : Réfugiés sur la côte à Mytilini à Lesbos, Grèce, 2015 © Paolo Pellegrin/Magnum Photos
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Feuille de chou, l’actualité culturelle en bref

Pleine terre
Corinne Royer, Actes Sud« Ce matin-là, Jacques Bonhomme n’est pas dans sa cuisine, pas sur son tracteur, pas auprès de ses vaches. Depuis la veille, le jeune homme est en cavale : il a quitté sa ferme et s’est enfui, pourchassé par les gendarmes comme un criminel. Que s’est-il passé ?
D’autres voix que la sienne – la mère d’un ami, un vieux voisin, une sœur, un fonctionnaire – racontent les épisodes qui ont conduit à sa rébellion. Intelligent, travailleur, engagé pour une approche saine de la terre et des bêtes, l’éleveur a subi l’acharnement d’une administration qui pousse les paysans à la production de masse, à la déshumanisation de leurs pratiques et à la négation de leurs savoir-faire ancestraux. Désormais dépouillé de ses rêves et de sa dignité, Jacques oscille entre le désespoir et la révolte, entre le renoncement et la paradoxale euphorie de la cavale vécue comme une possible liberté, une autre réalité.
Inspiré d’un fait divers dramatique, ce roman aussi psychologique que politique pointe les espérances confisquées et la fragilité des agriculteurs face aux aberrations d’un système dégradant notre rapport au vivant. De sa plume fervente et fraternelle, Corinne Royer célèbre une nature en sursis, témoigne de l’effondrement du monde paysan et interroge le chaos de nos sociétés contemporaines, qui semblent sourdes à la tragédie se jouant dans nos campagnes. » -
Demain, l’urgence de changer de politique !

Par Alexis Mazade
La pandémie de Covid-19 a radicalement changé la face du monde :
3 milliards d’êtres humains confinés, baisse inédite des émissions de gaz à effet de serre, prise de conscience du rôle fondamental des services publics…
Cette crise sanitaire a mis à nu les failles du capitalisme et démontrée l’urgence d’un changement radical de politique à l’échelle mondiale.« Tirons les leçons d’une vision marchande de la santé »
Une fois cette tragédie surmontée, chacun sera en droit de se poser la question : tout doit-on recommencer comme avant ? Nous ne pourrons plus dire : « Nous ne savions pas ». Chacun sait désormais ce qu’il en coûte de délocaliser l’industrie française et de confier à des entreprises privées à l’autre bout du monde le soin de confectionner des masques et de mettre au point des vaccins. Chacun sait désormais ce qu’il en coûte pour notre planète de subir déforestation massive, pollution et agriculture intensive : la disparition accélérée des habitats naturels de nombreuses espèces et la prolifération des épidémies. Chacun sait désormais ce qu’il en coûte de produire à outrance pour réaliser les fantasmes superflus de la société de consommation au détriment de l’environnement. Chacun sait désormais ce qu’il en coûte de sacrifier l’hôpital public sur l’autel du libéralisme en poursuivant la suppression massive de lits en pleine crise sanitaire. Chacun sait désormais ce qu’il en coûte de livrer le destin de notre pays à des gouvernements autoritaires, qui instaurant des Pass policiers, musèlent les libertés et entèrent l’Etat de droit. L’ampleur de cette crise mondiale révèle avec une acuité particulière la justesse des discours politiques qui s’opposent au libéralisme économique.
Dans nos campagnes, davantage touchées qu’ailleurs par les inégalités territoriales, les habitants subissent les effets de cette crise avec une intensité particulière. La persistance de la pandémie révèle des inégalités sociales manifestes, en particulier pour les populations les plus fragiles et isolées. La fracture éducative, accentuée par la fracture numérique, touche davantage nos enfants. Face à cette crise sanitaire, le désengagement massif de l’Etat et la suppression de nombreux services publics de proximité pèsent lourd sur nos campagnes.
« L’urgence de remettre en cause le capitalisme »
Il ne s’agit plus désormais d’interroger notre modèle de développement comme le suggèrent les gouvernants mais de le remettre radicalement en cause. Alors que le gouvernement a différé la réforme des retraites, les salariés devront-ils travailler encore plus longtemps et les actionnaires du CAC 40 payer moins d’impôts ? Alors qu’il n’était plus nécessaire de respecter les règles budgétaires imposées par Bruxelles en temps de crise, les services publics devront-ils demain se soumettre à nouveau aux cures d’austérité ? Alors que des milliers de cinémas, de théâtres et de librairies ont dû fermer leur porte durant les confinements, allons-nous laisser la place à des géants de la distribution comme Amazon qui profitent de la crise pour accentuer leur bénéfice tout en imposant des conditions de travail indignes à leurs salariés ?
Cette pandémie démontre l’urgence de changer de politique. « Le jour d’après » devra être celui du réinvestissement massif dans des services publics de qualité, accessibles à tous. Un programme de rupture basé sur la justice sociale, l’égalité, l’écologie et la solidarité, pour mettre fin à la logique capitaliste qui a érigé la concurrence en valeur absolue. Le remède réside non dans la réduction de la dépense publique mais dans l’augmentation des recettes de l’Etat grâce à une fiscalité plus juste. Les milliards existent : rétablissement de l’ISF, lutte contre l’évasion fiscale, suppression du CICE… Les plus riches doivent contribuer à nouveau à la solidarité nationale, dont ils sont exonérés depuis trop longtemps.
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Promouvoir la Culture en milieu rural

Le cas Festiv’En Marche
Par Eric Laurent
Quand nous avons fondé Festiv’ en Marche, association dont je suis le président fondateur, nous avons fait le pari de défendre la chanson française dite « à texte et d’expression ». Ainsi, depuis 2011, avons-nous fait venir, lors de notre festival qui se déroule sur cinq jours autour du week-end de la Pentecôte sur la petite commune de Mouhet (470 habitants), des chanteurs tels que Allain Leprest, Jacques Bertin, Romain Didier, Francesca Solleville, Gérard Pierron, Chloé Lacan, Nicolas Jules, David Sire… Mais, aussi, grâce au tremplin « Chanson de paroles », de jeunes – et moins jeunes – artistes ont pu venir y faire leurs griffes, dont un certain Gauvain Sers que nous avons suivi et soutenu de 2014 à 2016. Ce rendez-vous annuel est devenu un moment incontournable pour les amoureux de la chanson française, non celle qui ‘’saturent‘’ les ondes de la bande FM, mais celle des chanteurs qui ont « quelque chose à dire, à exprimer », celle des chanteurs (campés) en dehors des modes et du showbiz. Celle des chanteurs discrets, qu’il convient de découvrir, comme, en leur temps, le furent Brassens, Brel, Ferrat ou Ferré…
En plus du festival, il nous est très vite apparu évident d’élargir notre champ d’action. Festiv’ en Marche a ainsi multiplié ses activités tout en maintenant sa même optique : favoriser l’accès à la culture au plus grand nombre (en pratiquant notamment des tarifs attractifs), privilégier le spectacle vivant et de qualité. Pour cela, une programmation annuelle et diversifiée est mise en place, principalement en dehors de la période estivale et veillant à rayonner sur le territoire : spectacle en direction du jeune public, jazz en plein air (qui réunit également un public anglophone), soirée cabaret, soirée à thème, spectacle chez l’habitant… En moyenne, la programmation de Festiv’ en Marche est de 8 à 10 spectacles par an, rassemblant entre 15 et 200 personnes/spectacle.
« La Culture n’est pas essentielle, elle est vitale ! ».
Lors des dernières manifestations d’intermittents du spectacle, j’avais indiqué sur une pancarte « La Culture n’est pas essentielle, elle est vitale ! ». Je pense que cette phrase prend encore plus son sens en milieu rural. Loin de tout, les services publics se réduisant comme peau de chagrin, dépourvues de lieux culturels…, nos campagnes se vident et s’éteignent ! Plus que jamais, les acteurs de la culture ont un rôle majeur à jouer. Même si les temps sont durs et compliqués, il nous faut rester debout et pousser les gens à la réflexion, l’échange, la tolérance et le partage…
Géographiquement, nous sommes situés au bout du Département de l’Indre et de la Région Centre-Val de Loire, autant vous dire que, concernant les aides qui nous sont accordées, nous avons royalement les « miettes des miettes » ! Avant que cela fonde, voire disparaisse complètement, faisons-en sorte, avec nos élus, d’avoir une vraie reconnaissance des pouvoirs publics. Nous n’avons pas à rougir de notre travail et encore moins de ses fruits récoltés (et, j’espère, des graines semées). Et rappelons qu’un euro de subvention c’est – tout au moins dans notre cas figure – au moins 30 euros qui reviennent à la collectivité.
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Les campagnes, terres de résistance, terres d’espérance

Par Damien Barré
Oubliées, et abandonnées, nos campagnes semblent vouées inlassablement au déclin. Leur identité effacée par le jargon administratif, pour ne plus être que des « territoires ruraux » indistincts, sans identité, et donc sans avenir. La tendance lourde, et déjà ancienne, au dépeuplement, alimentée et alimentant le manque d’emploi et le recul des services publics renforcent ce sentiment, dans un engrenage sans issue.
Oui, vivre à la campagne est devenu de fait un acte de résistance, choisi ou subi. Résistance aux injonctions de la modernité et à l’impératif de la vie en ville. Parce qu’elles sont oubliées elles sont épargnées par les excès d’un système mondialisé. Résistance aussi à la fascination matérialiste, résistance à l’individualisme généralisé, résistance au numérique qui s’immisce dans tous les interstices de nos vies, résistance enfin à la tentation individualiste, dans le décor du chaos du monde. Sous ce jour, nos campagnes deviennent une terre d’espérance et de liberté.
« Le scandale de la désertification a permis de ranimer cette flamme de la résistance, qui n’était plus qu’un souvenir dans les mémoires. »
Les combats pour les services publics, ici pour la maternité, là pour la gare, à côté pour la poste, et encore pour l’école, sont venus déchirer le silence du fatalisme. En donnant conscience à des gens que plus grand-chose n’unissait d’un destin commun autour de la sauvegarde de ces biens communs. Le scandale de la désertification a permis de ranimer cette flamme de la résistance, qui n’était plus qu’un souvenir dans les mémoires. Ces combats, heureux ou malheureux ont reconstruit quelque chose d’immatériel et d’inestimable face à la difficulté.
Ce regain, bienvenu et inattendu, peut être le point de départ d’un avenir alternatif pour nos campagnes. Le désintérêt nous offre un espace de liberté qui permet d’inventer des choses nouvelles et collectives, la faiblesse des structures nous offre de la souplesse et de la réactivité, comme nous l’avons vu durant le Covid, nos différences avec la ville font désormais notre force face à l’épuisement du monde. Suivre cette voie nous conduit à nous tourner vers les plus anciens qui conservent encore le secret d’une société pré-libéralisée. Mais la force spontanée du collectif est toujours fragile, lorsque le torrent qui fait sortir de son jardin clos rentre dans son lit.Malgré la venue de nouveaux habitants, qui contribue également à renouveler le regard sur notre campagne, les forces à l’œuvre, et notamment du repli sur soi sont fortes et à tout moment menacent. La déception et la résignation en sont des ingrédients puissants. Bien que marginalisées, nos campagnes ne sont pas exemptes, en fin de course, des affres de la société libérale, dont elle est partie et qui continue malgré tout d’exercer sa fascination. Ainsi, nous devons être en éveil pour toujours mobiliser, et mettre en place les lieux et les actions propres à nous réunir.
